Le Livre des morts : à quoi servaient les formules funéraires
Le « Livre pour sortir au jour » n’est pas un livre unique ni un recueil de magie noire, mais un ensemble de formules choisies au cas par cas, copiées sur papyrus pour accompagner le défunt et lui permettre de franchir les étapes de l’au-delà.
Le titre est un choix de traducteur du XIXᵉ siècle. Les Égyptiens parlaient du « Livre pour sortir au jour », et il ne s’agissait pas d’un ouvrage fixe : chaque exemplaire est un assemblage, commandé pour une personne, à partir d’un répertoire de formules connues.
Une bibliothèque, pas un livre
La tradition part des Textes des pyramides, gravés dans les chambres royales de l’Ancien Empire, puis des Textes des sarcophages, écrits sur les cercueils au Moyen Empire. À partir du Nouvel Empire, les formules passent sur des rouleaux de papyrus accessibles à une clientèle plus large. La numérotation en cent quatre-vingt-douze chapitres, encore employée aujourd’hui, a été établie par l’égyptologue Karl Richard Lepsius en 1842 : elle n’a jamais existé dans l’Égypte ancienne.
La pesée du cœur
Le passage le plus connu est le chapitre 125. Le cœur du défunt est posé sur un plateau de la balance, la plume de Maât sur l’autre ; Anubis surveille l’opération, Thot enregistre, et le monstre Ammout attend une issue défavorable. Le texte associé est une double déclaration d’innocence, très concrète : ne pas avoir volé, ne pas avoir détourné l’eau d’irrigation, ne pas avoir fait pleurer. C’est un document moral autant que rituel.
À quoi servaient réellement ces formules
Elles avaient une fonction opératoire : connaître le nom d’un gardien, savoir répondre à une question, disposer d’une carte des lieux à traverser. Les vignettes qui les accompagnent ne sont pas des illustrations décoratives mais des aides à l’usage. Le papyrus était placé dans le cercueil ou glissé dans une statuette, et son texte pouvait être complété par des amulettes portant les mêmes chapitres, comme le scarabée de cœur.
Ce que l’ésotérisme moderne en a retenu
Les emprunts contemporains gardent surtout l’imagerie : la balance, le tribunal des dieux, le voyage de l’âme. Ils laissent de côté ce qui faisait la logique du corpus, c’est-à-dire son caractère utilitaire et personnalisé. Lire ces textes pour ce qu’ils sont, un accompagnement funéraire adapté à un défunt précis, en dit plus long sur l’Égypte que n’importe quelle interprétation initiatique.
Questions fréquentes
Tous les Égyptiens avaient-ils un Livre des morts ?
Non. C’était un objet coûteux, réservé à ceux qui pouvaient payer un scribe et un papyrus de qualité.
Les formules étaient-elles des sortilèges ?
Le mot égyptien désigne un acte de parole efficace. La traduction par « sortilège » ou « magie » projette des catégories qui ne sont pas les leurs.
Où voir un papyrus complet ?
Le papyrus d’Ani, au British Museum, en est l’exemplaire le plus reproduit. Plusieurs musées francophones en conservent des fragments.